Le_ProgresVelà que Le Progrès, jadis "journal républicain", redécouvre l’insécurité, évidemment grandissante, comme bien s’accorde, à l’approche des élections…

La Une de son édition « Est lyonnais » de ce jeudi 4 février 2010, ne comporte qu’un seul titre : "Les feux de voitures augmentent à Saint-Priest", accompagné d’une photo grand format en couleurs où l’on voit deux pompiers devant une voiture calcinée et encore fumante… sur une plage enneigée ! Même les plus casaniers des Yonnais, et jusqu’aux tarabates de la Croix-Rousse, savent que Saint-Priest, commune de l’est lyonnais, est située à quelques centaines de kilomètres de la première plage… et qu’il n’y coule pas même le moindre affluent du Rhône ou de la Saône. Ça fait rien, la photo est impressionnante ! Mais le plus impressionnant à mon goût c’est qu’en lisant le texte, écrit en petits caractères, après le gros titre et la grande photo en couleurs, on apprend que "les statistiques 2009 pour la ville de Saint-Priest montrent une baisse significative de la délinquance générale (-6%) et de la délinquance de proximité (-9%)…" Mais comment se fait-ce, alors, que le titre du journal en question n’est pas « La délinquance baisse à Saint-Priest » suivi d’une grande photo en couleurs… ? C’est sans doute à cause que le journaleux de service n’a pas trouvé la photo qu’aurait fait une bonne illustration du titre… Sûrement. Quoiqu’il aurait pu mettre une photo de la plage de Palavas-les-Flots au mois d’août ; ça n’aurait pas été plus ridicule que la photo des deux pompiers au bord de la plage enneigée…

Dans les pages intérieures de cette même édition du Progrès, on apprend que les policiers municipaux sont en grève, ce jeudi 4 février. Cette information, qui occupe déjà tout la page 3, est reprise dans la page locale de Saint-Fons, commune du sud-est lyonnais, acque le titre suivant : "Police municipale : hier soir, aucun gréviste annoncé à Saint-Fons". Ah bon ? Mais pourquoi, alors, avoir choisi cette commune pour illustrer la grève des policiers municipaux si, précisément, aucun des policiers de cette commune n’est en grève ? C’est sans doute à cause de ce qu’on peut lire dans le deuxième paragraphe de cet article : "Pourtant, 70 à 75% des 27 agents sainfoniards (ça ce doit être l’adjectif que désigne les habitants et aussi les policiers de cette commune) mènent, depuis plusieurs semaines, en guise de protestation, la grève de l’amende forfaitaire." Alors là, le lecteur, du moinsse celui qui n’a pas trop abusé des pots de Côtes, s’écrie : "Y sont gonflés à la mairie de Saint-Fons de dire qu’y a pas de grévistes alors qu’y en a 75% !" Vouais, mais c’est là que le bât blesse. Maginez-vous que, renseignement pris, il n’y a strictement aucun policier en grève à Saint-Fons ce jeudi 4 février 2010 et pas davantage au cours des « plusieurs semaines » qui ont précédé ! Impressionnant, non ? C’est sans doute à cause que le journaleux de service avait oublié de payer son abonnement de téléphone et que, conséquemment, comme bien s’accorde, il n’a pas pu, malgré son envie pressante, vérifier son information…

Décidément, nous autres, pauvres journalistes, nous fesons un métier bien hasardeux… Y suffit de peu de chose, de presque rien, pour qu’on passe à côté de la vérité, sans même le faire à l’esqueprès. Y suffit qu’on ne se rappelle plus où ce qu’on a rangé la photo de cet été à Palavas-les-Flots, ou bien qu’on ait pas eu assez de pécuniaux pour payer son abonnement de téléphone, et patatras !… on annonce des nouvelles que sont de traviole, tout autant que l’était, aux temps anciens d’autrefois, la Tour Pitrat juste avant qu’elle s’abouse sur le brave monde.

Bien évidemment y se trouvera bien quelques fourachaux malintentionnés, sans compter les tarabates de la Croix Rousse, pour s’imaginer que ces informations de traviole ont un rapport acque le fait que les villes de Saint-Priest et de Saint-Fons sont, l’une et l’autre, dotée d’un maire socialisse. Mais ce serait oublier que Le Progrès est un journal républicain… Du moinsse qui l’était quand il rendait compte de ce magnifique feu d’artifice que l'on tira pour célébrer l’inauguration de la ficelle de la place Croix Paquet, le 12 avril 1891 à vingt-et-une heure.

Gnafron