14 novembre 2006
La Conversion (14/11/2006)
La Conversion
- Guignol, te connais la bonne nouvelle ? Figure toi que cette année le maire de la Croix-Rousse y ne m’a pas invité à venir en sa mairie du boulevard, le 3ème jeudi de novembre, pour déguster le Beaujolais Nouveau, ce breuvage que les ignares et les benazets de tous poils –surtout ceusses de la Capitale- font mine d’adorer, et dont le cru 2006 sera, à coup sûr, encore plus imbuvable que les homélies de monseigneur Barbarin, le Primate des Gaules.
- Je m’en doutais, Gnafron. Magine-toi que même le Gégé a renoncé à organiser la dégustation rituelle sur la place de la Comédie.
- Ben mon belin, me velà bien content. Et pis fier aussi ; car c’est bien la preuve que le maire de la Croix-Rousse et le Merdelion y z’ont lu attentivement mes zécritures. Y sont maintenant convaincus que si y faut, autant que faire se peut, éviter de boire l’eau du Rhône et l’eau de la Saône, y faut encore plus sûrement s’abstenir d’ingurgiter la buvande des environs de Villefranche, surtout particulièrement quand elle se pare de l’adjectif « nouveau ».
- Je crains de devoir te décevoir, Gnafron, en te disant que tes zécritures ne sont pour rien dans ce subit revirement des édiles yonnais. Te sais quand ça tombe, cette année, le 3ème jeudi de novembre ?
- Eh ben, je crois que c’est le 25 frimaire de l’an 214 de la République, c'est-à-dire le 16 novembre du calendrier grégorien.
- Exact ! et c’est précisément le jour retenu pour ce que ton copain des Landes nomme « le barnum » des socialisses. C’est ce jour là qu’y vont célébrer la madone du Poitou, la diva des médias, la pythie des sondages… Et c’est pour éviter de faire de l’ombre à son avènement que les socialisses yonnais y z’ont décidé de boycotter le Beaujolais Nouveau.
- Ah bon ? T’es sûr ?
- Pisque je te le dis !
- Dis donc, Guignol, y me vient une idée ; qu’est-ce que t’as prévu de faire le jeudi 16 novembre ?
- Rien de spécial en particulier. Parquoi ?
- Parce que je voudrais t’inviter à t’en venir avec moi sur la place Antonin Poncet pour faire la fête au Beaujolais Nouveau, et déguster, jusqu’à l’aube, ce divin nectar, cet incomparable fleuron de la viticulture française…
- J’allais te le proposer… Même que, par après, on s’en ira en procession, à genoux, jusqu’au sommet de la colline pour mettre un cierge à Notre Dame de Fourvière.
Gnafron
14/11/06
27 septembre 2004
Le Référendum
Qui ne dit pas Oui, n’est pas Lyonnais !
Petêtre que c’est la vieillonge que me fait déjà le cerveau comme le fromage blanc du père Lacombe… ou petêtre que c’est le Côtes du Rhône que m’a pris en traître… En tout cas, quéqu’en soit la cause, le résultat est que j’ai rien compris aux explications du Fabius sur la constitution européenne et moins encore le débat que s’en est suivi.
Pourtant, jeudi darnier, je m’étais bien installé, acque mon plateau repas, devant le téléviseur, à l’heure des actualités. C’est pas souvent que j’arreluque le spectacle télévisuel, mais la rumeur courait que le Fabius il allait dire non à la constitution concoctée sous les hospices de Giscard (je sais, y vaudrait mieux écrire « auspices » ; mais au cas présent que s’agit, y me semble que « hospices » est mieux approprié). Quand même, j’y croyais pas trop que le Fabius y soit pour le Non. Surtout que le merdelion il avait fait savoir partout, urbi et orbi, qu’y fallait dire Oui et même qu’il a créé, à l’esqueprès, un club de supporters : « Qui ne dit pas Oui, n’est pas lyonnais ! » Et, comme j’ai pour le merdelion une dévotion que n’a d’égal que l’admiration et le respect qu’y me porte, je voulais vraiment voir si, le Fafa, il aurait l’insolence de contredire le Gégé ; ce que, tout le monde le sait à Lyon, y faut jamais faire.
D’abord j’avais cru que le Fabius il était l’invité du jornal télévisé et qu’y causerait avant les informations du soir de France 2. Mais vouat ! je t’en fiche ! les jornalistes (Jean-Olivier y me dit que, maintenant que j’écris dans Lyon Capitale, je peux les appeler mes confrères ; à condition que ça soye en un seul mot ; mais j’y arrive pas spontanément) les jornalistes, donc, y nous ont par d’abord déroulé toute une série d’informations que me semblaient pas de la plus haute importance. C’était si tellement long que j’ai eu le temps de finir mon frichti et de m’ouvrir une seconde bouteille de Côtes.
Par enfin, velà qu’apparaît le Fabius. D’entrée, y nous avertit qu’il est pour l’Europe et que d’ailleurs il avait fait voter pour Maastricht et que même c’était grâce à lui si l’Espagne et le Portugal étaient rentrés dans l’Union ; mais que, quand même, il était temps de faire l’Europe sociale et de mettre fin à la dérive libérale que menace l’Europe acque les délocalisations, la faiblesse des crédits de l’éducation et de la recherche et la casse des services publics. Jusque là, je suivais, tout en trouvant que, s’agissant du libéralisme, le Fafa, il en connaissait un rayon. Je me disais aussi, en moi-même, que c’était bien dommage que le merdelion il n’y ait pas pensé à dire stop à la dérive libérale, parce que, pour un socialisse, vouloir une Europe plus sociale, c’est plutôt une idée que me semble bonne. Et pis, par tout à coup, sur ces entrefaites, j’entends le Fabius qu’explique que pour qu’il soutienne le Oui, y faudrait que le parsident de la République y s’engage à combattre les dérives libérales. C’est à ce moment là que j’ai cessé de comprendre. Parce qu’imaginer le Chirac en train de remuer ciel et terre pour que l’Europe elle soye plus sociale, c’est quand même plus improbable que la semaine des quatre jeudis. Je m’en suis donc allé me coucher en me disant que petêtre je comprendrais mieux acque les commentaires des commentateurs exégètes spécialistes, que d’habitude nous expliquent, le lendemain, ce que nos hommes politiques y z’ont voulu dire la veille.
Manquablement, le vendredi, aux informations de France-Inter, un « journaliste politique » s’en est venu spécialement pour nous dire ce qu’y fallait en penser. Le velà que nous commente l’événement, patiemment, mais quand même en faisant bien sentir qu’il n’a pas que ça à faire que de passer son temps à expliquer à des nigodèmes des évidences qu’ils auraient dû comprendre, par eux-mêmes tout seuls, depuis longtemps. Mais comme y s’est levé du bon pied, y veut bien nous expliquer un peu et y dit, comme ça, qu’en choisissant le camp du Non, le Fabius y s’est pris toute l’Intelligentsia à rebrousse-poil. Y dit ça avec un ton qu’on comprend tout de suite que c’est vraiment une chose à pas faire, quéquechose comme la gaffe du siècle. Au premier ras-bord, ça m’a bien fait plaisir pour le merdelion, pisque ça prouve bien que, lui, il en fait partie de l’Intelligentsia, vu qu’y dit partout qu’y faut dire Oui. Mais, par après, à la réflexion, ça m’a fait comme une impression bizarre. De fil en aiguille, j’en suis venu à me demander qu’est-ce que ça pouvait bien être cette Intelligentsia qu’avait décidé que fallait dire Oui et qu’y avait pas à tortiller et que c’était comme ça et pas le contraire… Et plus je réfléchissais et plus y me venait des idées saugrenues. Et velà-t-y pas que j’en suis arrivé à penser, dans mon fort intérieur, que cette Intelligentsia, ce pourrait bien être quéquechose comme ce que les soviétiques y z’appelaient la Nomenklatura ; de ces gensses qui croient que lorsque le peuple il n’est pas d’accord avec le soviet suprême, y faut d’urgence dissoudre le peuple…
Alors là, je me suis dit que le mieux que j’avais à faire s’était d’aller lentibarner sur le boulevard pour voir si la Vogue elle était enfin installée et si, des fois, les vendeurs de marrons y voudraient pas me faire crédit, attendu qu’en ce moment je manque de monnaie, en plus que j’ai pas de grosses pièces…
Et gare à eux si y z’osent dire Non !
Gnafron
Septembre 2004
12 septembre 2004
Les zélections sénatoriales
De sièges en fauteuils…
La grande affaire politique de la Rentrée (comme disent ceusses qu’ont pu bénéficier des congés payés) c’est une élection qu’on est prié de ne pas s’en mêler. Maginez-vous que le 26 septembre, les Grands Zélecteurs du Rhône désigneront sept sénateurs qu’iront siéger neuf années d’affilée parmi les assis du Palais du Luxembourg.
Les Grands Zélecteurs, que sont pas plus grands que vous et moi, y sont tous des élus ou des copains des élus. C’est vous dire que c’te affaire là, elle est à la démocratie ce que le hamburger est à la gastronomie. N’empêche ! y zéliront des gensses que feront la loi à égalité acque les députés de l’Assemblée nationale. Ca n’est quand même pas de rien. Eh ben nous, on n’aura pas not’ mot à dire sur cette désignation que ressemble tout à fait à du copinage, ou, comme dit le petit Robert Larousse, à une cooptation.
Et qui donc qu’y vont élire, ces zélés zélecteurs ? Je vous le donne en mille !… ceux-là même qui les ont nommés Grands zélecteurs, c’est à dire des gensses qu’ont déjà plein de mandats de la République. Et comme cette élection, elle est à la proportionnelle, la droite et la gauche se partageront, sans trop se chamailler, les fauteuils de velours. Quatre pour les uns et trois pour les autres ; à moins que ça soye l’inverse.
Ca me rappelle une phrase de Manuel Vasquez Montalban, cet écrivain catalan qu’aurait mérité d’être de Lyon et qui, même s’il parlait une langue étrangère d’un autre pays, avait à coup sûr sa place à l’Académie des Pierres Plantées, une assemblée autrement plus canante que le cénacle des assis du Luxembourg. Ce Montalban, il a créé Pepe Carvalho, un sacré bougre de détective, et écrit tout plein de romans dans lesquels il parvient toujours à placer une recette de cuisine que vous met les papilles en émoi. Comme par exemple le tartare de poisson : vous faites macérer des filets de loup dans de l’huile d’olive, du sel et du poivre vert ; vous préparez un hachis avec des oursins, des palourdes et des gambas…
- Eh, Gnafron, t’écris un livre de cuisine ?
- Hein ? qui c’est-y-qui m’apostrophe ? Ah, c’est toi Guignol ! je t’avais point entendu venir. Mais non, j’écris pas des recettes, je fesais mon édito.
- Ben mon belin, te velà bien sérieux ! Et de quoi y parle ton édito ?
- Des cumulards et des zélections sénatoriales.
- T’es sûr ?… je crois bien que t’étais en train de causer de hachis de fruits de mer…
- T’as raison Chignole, je m’égare… où est-ce donc que j’en étais ? Ah, oui ! les ceuces que vont être appelés, et même élus, au Sénat, y sont déjà pleins des mandats de la République et des argents que vont avec. Même que ça me fesait souvenance d’une phrase de Montalban… La liste que se prétend de gauche, elle a à sa tête le Gégé merdelion qu’est déjà parsident de la Communauté urbaine de Lyon en plus de s’asseoir dans le fauteuil de la mairie ; en deuxième y a une dame Demontès, qu’est déjà vice-parsidente de la Région Rhône Alpes et adjointe à la députée-maire de St Priest. A droite, c’est du pareil au même. Y a cette grande couenne de Michel Mercier, qui porte un nom d’actrice de cinéma alors qu’y ressemble au charcutier de Thizy, et qu’est parsident du Conseil général du Rhône. Et pis y a le Perben qu’est tout à la fois Premier vice-parsident du Conseil général, ministre de la Justice et Garde des Sots, alors que ça, ça devrait être un boulot à temps complet, vu le nombre de nigodèmes qu’on croise par les temps qui courent.
- Eh ben, grande bugne, c’est-y que tu découvres le monde ? Tu sais pas encore que ceuces qu’ont un siège, y z’ont rien de plus pressé que d’avoir un fauteuil et que, par après, s’y peuvent en agraper un de plus, y restent pas longtemps à barguigner. Tant plus y z’en ont, tant plus y z’en veulent. Faut croire que ces fonctions là, ça leur crée moins d’embiernes que de contentement. Tiens, par exemple, apinche le Buna, qu’est devenu Vert tant il a mis de rage à acuchonner les titres et les escalins, il est adjoint au merdelion et pis aussi vice-parsident de la Communauté urbaine et pis encore conseiller général. En plus, y voulait faire député de la Croix Rousse, mais le petit Hamelin lui a pris la place. Ou bien encore le Vonvon Deschamps, le mari à la Martine Roure qu’est dépitée européenne et adjointe au Gégé, le Vonvon, donc, il est aussi adjoint aux phynances du merdelion, parsident des HLM du Grand Lyon et conseiller régional à Charbonnières. En veux-tu encore ? Le Braillard, du parti des radicaux de gauche, que compte plus d’indemnités que d’électeurs, il est adjoint aux sports du Gégé, conseiller de la Communauté et vice-parsident de la région… Y en encore un cuchon d’autres tout pareils… mais t’as pas dit quelle était cette phrase que te fesait souvenance.
- T’as encore raison Guignol. Tu sais, le Montalban, y disait aussi que les livres ça servait aussi bien à allumer la cheminée, et je me demande si mon édito je ferais pas mieux d’en faire du combustible pour mon poêle. C’est pour le coup que ça serait un vrai brûlot…
- Gnafron ! te veux pas la dire cette citation, que te tournes toujours autour ?
- Ah mais si ! velà, le Montalban il a écrit dans Le pianiste et pis aussi dans La joyeuse bande d’Atzavara : « La politique c’est pour ceux qui en vivent ; tandis qu’une poignée d’hommes étaient prêts à mourir pour des idéaux qui impliquaient l’ensemble du genre humain. »
- Ecoute Gnafron, ton édito te vas l’envoyer à Lyon Capitale que sûrement le publiera pas parce que ça pourrait faire peine au Gégé et à ses frangins de la rue Garibaldi qu’ont décidé que la politique c’était affaire trop sérieuse pour la laisser aux citoyens, et pis nous on va aller faire un tour à la vogue de la Croix Rousse. On va se prendre un cornet de marrons acque un pichet de vin blanc doux et pis on fera un tour de grande roue. A l’arrivée on s’ra pas plus haut qu’on était au départ, mais, au moins, on aura vu la ville d’en haut sans devoir rien à personne et sans avoir berné quiconque.
- Dis donc, Guignol, et si on prendrait un pot de Côtes en place du vin blanc doux ? … à cause que mes boyes s’acclimatent pas au vin nouveau, alors que le rouge me réjouit de la trogne aux arpions.
Gnafron
Septembre 2004